Solutions & infrastructures

Solutions fondées sur la nature (SfN) : principes et applications

Les solutions fondées sur la nature (SfN) désignent des actions qui s'appuient sur les écosystèmes pour répondre à des défis de société, comme l'adaptation au changement climatique ou la prévention des risques, tout en produisant des bénéfices pour la biodiversité. La définition de référence est celle de l'UICN (2016), reprise par les Nations unies en 2022 ; le Standard mondial de l'UICN, dont la deuxième édition date de 2025, en fixe les critères.

Définition UICN et critères globaux

Les solutions fondées sur la nature (SfN, en anglais « Nature-based Solutions » ou NbS) ont été définies par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) lors du Congrès mondial de la nature de 2016 (résolution WCC-2016-Res-069) comme « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ». En mars 2022, l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement a adopté, par sa résolution 5/5, une définition multilatérale proche, qui vise aussi la conservation et l'utilisation durable des écosystèmes terrestres, d'eau douce, côtiers et marins.

L'UICN a publié en 2020 un Standard mondial pour les SfN (huit critères, 28 indicateurs). Une deuxième édition, approuvée par le Conseil de l'UICN le 19 mai 2025 et lancée le 10 octobre 2025, compte huit critères et 27 indicateurs ; elle se réfère au code de bonnes pratiques de l'ISEAL pour l'élaboration des standards. Le Standard décrit un processus et ne fixe pas de seuils chiffrés de résultat ; il s'accompagne d'un outil d'auto-évaluation. Les huit critères de la deuxième édition :

  1. Réponse effective à des défis de société, les défis traités (adaptation au changement climatique, eau, sécurité alimentaire, santé, risques naturels, développement social et économique) sont identifiés, documentés et priorisés avec les parties prenantes, et les résultats pour les personnes et la nature sont mesurés.
  2. Approche systémique, l'intervention tient compte des interactions entre écosystèmes, économie, société et normes culturelles, recherche les synergies entre secteurs et identifie les risques.
  3. Changement positif de l'état de la biodiversité, l'intervention améliore l'intégrité des écosystèmes, y compris leur connectivité, à partir d'un état initial documenté et de résultats mesurables, et suit ses conséquences imprévues sur la nature.
  4. Faisabilité financière et justification économique, répartition des coûts et bénéfices, comparaison avec les solutions alternatives, financement de long terme.
  5. Gouvernance inclusive, transparente et habilitante, participation des parties prenantes et des détenteurs de droits affectés, mécanisme de réclamation et de règlement des conflits.
  6. Conciliation équitable des effets, l'objectif principal est concilié avec les autres effets, voulus ou non, par des garde-fous et des mesures correctives revus périodiquement.
  7. Gestion adaptative fondée sur des preuves, les hypothèses sont explicitées puis testées par le suivi et l'évaluation, et la gestion est ajustée.
  8. Conditions favorables à la mise en œuvre et à la généralisation, les enseignements sont documentés et l'intervention contribue aux politiques, financements et objectifs du territoire.

Typologies de Solutions fondées sur la Nature

Le Comité français de l'UICN regroupe les SfN en trois types d'actions, combinables entre eux et avec des solutions d'ingénierie civile. Le Standard mondial présente pour sa part les SfN comme un concept parapluie couvrant des approches fondées sur les écosystèmes (protection, gestion, restauration, infrastructures, approches thématiques).

Préservation d'écosystèmes fonctionnels, en bon état écologique. Sur un site immobilier, elle passe par la conservation des arbres, des sols en pleine terre, des haies ou des zones humides existants, en lien avec la priorité de l'évitement.

Amélioration de la gestion d'écosystèmes, pour un usage durable : gestion différenciée des espaces verts, gestion adaptative de prairies, boisements ou zones humides, agriculture urbaine sur sols vivants lorsqu'elle répond aux critères.

Restauration d'écosystèmes dégradés ou création d'écosystèmes, restauration de zones humides, reméandrement de cours d'eau, renaturation de sols artificialisés, création de mares, de haies champêtres, de jardins de pluie ou de parcs. Sur les projets immobiliers, elle rejoint la désartificialisation et peut inclure des toitures végétalisées et des façades végétalisées conçues pour la biodiversité.

Articulation avec le génie écologique

Les SfN et le génie écologique partagent un terrain commun sans se confondre. Le génie écologique désigne les techniques qui mobilisent les processus écologiques pour atteindre un objectif précis (stabiliser une berge par génie végétal, traiter un sol par phytoremédiation). C'est une discipline technique.

Les SfN désignent une approche qui mobilise souvent le génie écologique, avec une exigence supplémentaire : le critère 3 du Standard demande un changement positif de l'état de la biodiversité, pas seulement l'usage de la nature au service d'un objectif technique.

Une intervention de génie écologique peut être qualifiée de SfN si elle répond aux huit critères du Standard de l'UICN. Une démarche peut relever du génie écologique sans être une SfN, et inversement.

Mobilisation en projet immobilier

L'intégration de SfN dans un projet immobilier suit plusieurs étapes.

Identification des défis de société pertinents, pour un projet immobilier : adaptation au changement climatique (canicules, sécheresses), risques (inondations, ruissellement, érosion), santé et cadre de vie, stockage de carbone dans les arbres et les sols, biodiversité.

Choix des SfN adaptées, selon le contexte : préservation des sols vivants et des arbres existants, zones humides de gestion des eaux pluviales, désimperméabilisation et renaturation, plantations diversifiées, végétalisation du bâti.

Application des huit critères, vérification critère par critère, par exemple avec l'outil d'auto-évaluation de l'UICN. Une démarche qui ne répond pas aux critères ne relève pas des SfN au sens du Standard, même si elle présente des co-bénéfices.

Suivi adaptatif, protocoles de mesure pluriannuels et ajustement des interventions selon les résultats observés, en articulation avec le suivi des mesures ERC le cas échéant.

Reporting de durabilité, pour les entreprises soumises à la CSRD, des SfN documentées peuvent alimenter le reporting ESRS E4 sur les politiques, actions et résultats en matière de biodiversité.

Risques de surinterprétation

La diffusion rapide de la notion s'accompagne de plusieurs risques.

Qualification abusive, présenter comme SfN des opérations qui ne répondent pas aux critères. La plantation de quelques arbres ornementaux sur une opération immobilière standard ne constitue pas une SfN au sens du Standard.

Substitution à l'évitement, invoquer des SfN comme « compensation » d'impacts évitables, en contournant la priorité de l'évitement. La deuxième édition du Standard précise que les SfN ne doivent pas servir uniquement à des fins de compensation, et que leur usage pour compenser des émissions doit se limiter aux émissions résiduelles. En droit français, l'article L163-1 du code de l'environnement dispose que la compensation ne peut pas se substituer aux mesures d'évitement et de réduction.

Conflit de cadres, le Standard précise que les SfN ne remplacent pas les politiques de conservation de la nature (espaces protégés, espèces protégées) : elles les complètent.

Limites doctrinales actuelles

La doctrine des SfN reste en consolidation. Cadre juridique, aucune définition législative française des SfN n'a été recensée à la date de la revue. La référence reste la définition de l'UICN, déclinée par le Comité français de l'UICN dans un guide en « 8 questions » (2021) ; les SfN figurent dans des documents de planification publique comme le deuxième plan national d'adaptation au changement climatique et le Plan biodiversité, tous deux de 2018.

Évaluation des gains de biodiversité, démontrer un changement positif de l'état de la biodiversité (critère 3) suppose des suivis longs et coûteux, rarement déployés à l'échelle adaptée.

Écart d'échelle, la plupart des SfN sont déployées à l'échelle du site ou de l'opération, alors que les défis qu'elles visent (changement climatique, déclin de la biodiversité) se jouent à l'échelle des territoires ; le critère 8 du Standard porte sur cette généralisation.

Présenter une opération comme « solution fondée sur la nature » constitue une allégation environnementale au sens de la directive (UE) 2024/825, applicable depuis le 27 septembre 2026 : l'opérateur doit pouvoir en démontrer le contenu, par exemple critère par critère au regard du Standard de l'UICN, avec les résultats de suivi.

Questions fréquentes

Non, ces notions se recoupent sans se confondre. La compensation ERC est un mécanisme juridique encadré par le code de l'environnement. La renaturation est une technique. Les SfN sont une approche définie par l'UICN et précisée par son Standard mondial. Une intervention peut combiner les trois, mais pas mécaniquement.

Il ne crée pas d'obligation juridique en France. C'est un cadre volontaire publié par l'UICN, dont la deuxième édition date de 2025, accompagné d'un outil d'auto-évaluation. Un opérateur qui qualifie une opération de SfN peut s'y référer, critère par critère, pour documenter son allégation au sens de la directive (UE) 2024/825.

Le génie écologique est une discipline technique qui mobilise des processus écologiques pour atteindre un objectif. Les SfN sont une approche qui exige en outre, selon le critère 3 du Standard de l'UICN, un changement positif de l'état de la biodiversité et de l'intégrité des écosystèmes. Une intervention de génie écologique peut être qualifiée de SfN si elle répond aux 8 critères du Standard, mais pas systématiquement.

Articles connexes

amenagement-urbanisme

Désartificialisation et renaturation des sols urbains

La renaturation, ou désartificialisation, désigne au sens du code de l'urbanisme les opérations qui transforment un sol artificialisé en sol non artificialisé. Elle entre dans le décompte de la trajectoire ZAN. Sur le plan écologique, le retour des fonctions d'un sol est lent et inégal selon les fonctions.

6 min de lecture · Publié le 11/10/2026

sequence-erc

Séquence ERC : éviter, réduire, compenser, le principe général

La séquence éviter, réduire, compenser (ERC) organise depuis la loi du 10 juillet 1976 la prise en compte des atteintes à l'environnement dans les projets, plans et programmes. Elle fixe un ordre : éviter d'abord, réduire ensuite, compenser en dernier lieu ce qui n'a pu être ni évité ni réduit. Le code de l'environnement précise que la compensation ne peut pas se substituer à l'évitement et à la réduction.

6 min de lecture · Publié le 11/10/2026

solutions-infrastructures

Services écosystémiques en milieu urbain : quatre catégories et mobilisation

Les services écosystémiques désignent les avantages que les sociétés humaines tirent des écosystèmes : production, régulation du climat local et des eaux, pollinisation, cadre de vie. Le cadre conceptuel a été posé par l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (2005) ; en France, le programme EFESE, piloté par le ministère chargé de l'environnement depuis 2012, l'a adapté en refusant de résumer la valeur d'un écosystème à un montant unique.

5 min de lecture · Publié le 11/10/2026

Publication : 11/10/2026 · Version 1.1