Définitions et typologies
Les matériaux biosourcés sont issus de la biomasse végétale ou animale. L'arrêté du 2 juillet 2024 relatif au label « bâtiment biosourcé » définit la matière biosourcée comme une matière partiellement ou totalement issue de la biomasse végétale ou animale, pouvant être utilisée comme matière première dans des produits de construction et de décoration. La famille comprend le bois sous toutes ses formes (structure, ossature, panneaux, bardages), les fibres et granulats végétaux (chanvre, lin, paille, miscanthus, ouate de cellulose, liège) et des fibres animales comme la laine de mouton.
Les matériaux géosourcés sont issus de ressources minérales locales peu transformées : terre crue (pisé, bauge, adobe, briques de terre comprimée dites BTC), pierre de taille. Le terme ne fait pas l'objet d'une définition réglementaire comparable à celle de la matière biosourcée.
Le label « bâtiment biosourcé » prévu à l'article D. 171-6 du code de la construction et de l'habitation ne prend en compte que les produits biosourcés ; les matériaux géosourcés n'y sont pas comptabilisés.
Performance environnementale comparée
Les avantages attribués à ces matériaux existent dans certaines conditions et s'établissent produit par produit, à partir de données environnementales vérifiées.
Carbone : le bois et les fibres végétales contiennent du carbone capté dans l'atmosphère pendant la croissance de la plante. La méthode de calcul de la RE2020 (arrêté du 4 août 2021) en tient compte par une analyse de cycle de vie dynamique simplifiée, qui valorise ce stockage temporaire dans l'indicateur Ic construction. À fonction égale, les produits à base de ciment ou d'acier primaire présentent en général des émissions de fabrication plus élevées ; l'écart réel se lit dans les fiches environnementales (FDES) des produits comparés.
Biodiversité grise : l'empreinte amont d'une filière biosourcée dépend de ses pratiques (gestion forestière, intrants agricoles, conversion de milieux). Une filière issue de forêts gérées ou de cultures à faibles intrants n'a pas le même profil qu'une filière intensive. Voir l'article sur la biodiversité grise des matériaux.
Énergie de fabrication : la terre crue et la pierre locale, mises en œuvre sans cuisson ni transformation lourde, demandent peu d'énergie de fabrication ; les panneaux et isolants biosourcés industriels nécessitent en revanche séchage, défibrage ou liants.
Qualité de l'air intérieur : les émissions de composés organiques volatils dépendent des liants, colles et traitements. Pour entrer dans le calcul du label « bâtiment biosourcé », un produit soumis à l'étiquetage des émissions (article R. 221-24 du code de l'environnement) doit afficher au minimum la classe A.
Ces performances ne sont pas acquises par nature : un matériau biosourcé issu d'une filière intensive, ou transporté sur de longues distances, peut présenter un bilan moins favorable qu'un matériau conventionnel bien choisi. La traçabilité de la filière et les données vérifiées des produits sont déterminantes.
Label Bâtiment biosourcé
Créé en 2012, le label « bâtiment biosourcé » est régi par l'article D. 171-6 du code de la construction et de l'habitation et par l'arrêté du 2 juillet 2024, qui a abrogé l'arrêté du 19 décembre 2012 pour les demandes de labellisation déposées à compter du 1er septembre 2024. Le critère n'est plus une masse de matière par mètre carré mais une quantité minimale de carbone biogénique stocké, exprimée en kilogrammes de carbone par mètre carré de surface de référence et calculée selon la méthode de la RE2020. Trois niveaux sont prévus :
- 1er niveau 2024 : 15 kgC/m² pour les bâtiments d'habitation, 4 kgC/m² pour l'industrie, le stockage et les services de transport, 12 kgC/m² pour les autres usages ; produits biosourcés remplissant au moins deux fonctions différentes.
- 2e niveau 2024 : 25, 6 et 20 kgC/m² selon les mêmes usages ; au moins deux fonctions, dont l'isolation.
- 3e niveau 2024 : 45, 9 et 36 kgC/m² ; au moins trois fonctions, dont l'isolation.
Les produits en bois ou dérivés doivent être accompagnés de documents attestant de la gestion durable des forêts d'origine. Le label est délivré, à la demande du maître d'ouvrage, par un organisme ayant passé une convention avec l'État et accrédité selon la norme NF EN ISO/IEC 17065, après un contrôle en phase études et en fin de réalisation. Il atteste une quantité de carbone stocké dans les produits biosourcés, et non la performance environnementale globale du bâtiment.
Filières et disponibilité régionale
La disponibilité des matériaux biosourcés et géosourcés varie selon les régions.
Bois : la forêt couvre environ 17,6 millions d'hectares en métropole, soit 32 % du territoire (inventaire forestier national, 2024). Voir l'article sur le bois local et les filières courtes.
Paille : ressource issue des cultures céréalières, disponible dans la plupart des régions. Sa mise en œuvre en remplissage d'ossature et en isolation est encadrée par les règles professionnelles de construction en paille dites CP 2012, rédigées par le Réseau français de la construction paille (RFCP) et acceptées par la commission Prévention Produits de l'Agence qualité construction. La paille porteuse n'entre pas dans le champ de ces règles.
Chanvre : la mise en œuvre des bétons et mortiers de chanvre est encadrée par des règles professionnelles portées par l'association Construire en Chanvre, acceptées par la même commission ; Interchanvre est l'interprofession de la filière.
Liège et lin : disponibilité régionalisée, le chêne-liège en zone méditerranéenne, le lin dans le nord et le nord-ouest de la France.
Terre crue : techniques traditionnelles (pisé, bauge, adobe) et briques de terre comprimée. La disponibilité dépend des gisements locaux et de la caractérisation des terres, y compris celles issues des terrassements du chantier.
Pierre : disponibilité régionalisée (calcaires du Bassin parisien et de Bourgogne, grès des Vosges, granites de Bretagne). La consultation des carrières proches en amont du projet conditionne délais et coûts.
Articulation avec RE2020 et biodiversité grise
La réglementation environnementale RE2020 s'applique aux maisons individuelles et logements collectifs depuis le 1er janvier 2022, aux bureaux et bâtiments d'enseignement primaire et secondaire depuis le 1er juillet 2022 et, depuis le 1er mai 2026, à d'autres bâtiments tertiaires ainsi qu'aux bâtiments industriels et artisanaux. Son indicateur Ic construction plafonne l'impact carbone des produits et équipements, avec des seuils qui se resserrent par paliers en 2025, 2028 et 2031. Le décret n° 2026-200 du 18 mars 2026 a ajusté les exigences et leurs coefficients de modulation pour les demandes déposées à compter du 1er juillet 2026, sans supprimer ces paliers.
Ce cadre favorise les produits à faible impact carbone, dont une partie des biosourcés et géosourcés. Le gain dépend du produit, de sa fonction et de la conception du bâtiment ; il se mesure par le calcul réglementaire, et aucun pourcentage général ne peut être retenu.
La RE2020 ne comporte pas d'indicateur de biodiversité grise. Une faible empreinte carbone ne garantit pas une faible empreinte sur la biodiversité : les deux se documentent séparément. Pour les allégations adressées aux consommateurs, la directive (UE) 2024/825, applicable depuis le 27 septembre 2026, cite le terme « biosourcé » employé sans spécification parmi les exemples d'allégations génériques ; l'usage de ces matériaux se décrit donc par des données précises sur le même support : nature, quantité, origine.
Limites pratiques
Plusieurs limites pratiques sont documentées. Coût d'investissement : il varie selon les produits et les marchés locaux ; les comparaisons portent sur des solutions de performance équivalente. Compétences de mise en œuvre : la paille, la terre crue et les bétons de chanvre demandent des savoir-faire spécifiques ; les règles professionnelles de la paille et du chanvre prévoient une formation des intervenants.
Assurance : les règles professionnelles acceptées par la commission Prévention Produits facilitent l'assurance des ouvrages ; les techniques qui n'en disposent pas, comme la paille porteuse, sont examinées au cas par cas par les assureurs.
Saisonnalité : certaines ressources (paille après la moisson, bois selon les saisons d'exploitation) imposent anticipation et stockage au sec. Perception : l'image de ces matériaux auprès des acquéreurs et des investisseurs varie selon les contextes.