Matériaux & circularité

Réemploi et économie circulaire en construction

Le réemploi de produits issus de déconstructions sélectives évite une partie de l'extraction et de la fabrication de matériaux neufs. Son cadre juridique repose sur la loi AGEC de 2020, le diagnostic obligatoire avant certaines démolitions et rénovations, la filière REP des produits et matériaux du bâtiment et la méthode de calcul de la RE2020.

Loi AGEC et obligations légales

La loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (loi AGEC) a renforcé le cadre du réemploi dans le bâtiment. Plusieurs obligations en découlent.

Diagnostic avant démolition ou rénovation significative : l'article L. 126-34 du code de la construction et de l'habitation impose au maître d'ouvrage un diagnostic relatif à la gestion des produits, matériaux et déchets issus des travaux, en vue, en priorité, de leur réemploi. L'article R. 126-8 en fixe le champ : opérations dont la surface cumulée de plancher dépasse 1 000 m², ou portant sur au moins un bâtiment ayant accueilli une activité agricole, industrielle ou commerciale avec utilisation, stockage, fabrication ou distribution de substances dangereuses.

Responsabilité élargie du producteur (REP) des produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment (PMCB) : prévue par la loi AGEC et mise en place par le décret n° 2021-1941 publié au Journal officiel du 1er janvier 2022, la filière repose sur des éco-organismes agréés : Ecominéro pour les produits minéraux, Ecomaison et Valdelia pour les autres produits et matériaux, Valobat pour les deux catégories. Les déchets ayant fait l'objet d'une collecte séparée sont repris sans frais (article L. 541-10-1 du code de l'environnement). Le ministère de la Transition écologique a annoncé le 19 février 2026 une refondation de la filière : maillage des points de reprise, distinction entre matériaux dits matures et non matures, nouveau cahier des charges et nouveaux agréments. À la date du 11 octobre 2026, aucun texte réglementaire de refondation n'a été relevé au Journal officiel.

Commande publique : l'article L. 228-4 du code de l'environnement prévoit que, dans la construction et la rénovation de bâtiments, la commande publique veille au recours à des matériaux de réemploi ou issus des ressources renouvelables, et qu'à compter du 1er janvier 2030 l'usage des matériaux biosourcés ou bas-carbone intervient dans au moins 25 % des rénovations lourdes et des constructions relevant de la commande publique.

La RE2020, de son côté, traite le réemploi par une convention de calcul décrite plus bas.

Filières de réemploi opérationnelles

Les filières de réemploi en construction prennent plusieurs formes.

Plateformes physiques : entrepôts et ressourceries spécialisées qui collectent, stockent, reconditionnent et revendent des produits issus de déconstructions, à l'échelle régionale ou locale.

Plateformes numériques : places de marché en ligne entre opérateurs, comme Cycle Up ou Backacia, qui formalisent les données techniques des lots (fiches produits, état, quantités).

Filières spécialisées par famille de produits : menuiseries, parquets et planchers, sanitaires, métaux (filières de récupération anciennes), pierres et matériaux anciens.

Organisation interne aux maîtres d'ouvrage : des maîtres d'ouvrage publics et des bailleurs sociaux organisent des flux de réemploi entre leurs propres opérations de démolition et de construction.

Diagnostic ressources avant déconstruction

Le diagnostic, dit diagnostic PEMD (produits, équipements, matériaux et déchets), est régi par les articles R. 126-8 à D. 126-14-2 du code de la construction et de l'habitation, issus notamment du décret n° 2021-821 du 25 juin 2021. Il est réalisé après un repérage sur site, avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou, à défaut, avant l'acceptation des devis ou la passation des marchés de travaux.

Il fournit une estimation de la nature, de la quantité et de la localisation des produits, matériaux et équipements, de leur état de conservation, des possibilités de réemploi sur le site ou par des filières, notamment locales, et, à défaut, des filières de valorisation ou d'élimination des déchets. Il indique aussi les précautions de dépose, de stockage et de transport.

Le diagnostic est établi par une personne présentant des garanties de compétence, assurée et sans lien, sur la même opération, avec une entreprise susceptible de réaliser les travaux. Les informations qu'il contient sont transmises à un organisme désigné par l'autorité administrative. La norme expérimentale AFNOR XP X46-039, publiée en décembre 2025, décrit la mission et la méthodologie de ce diagnostic.

La qualité du repérage conditionne la part effectivement réemployée : un diagnostic incomplet oriente vers les déchets des éléments qui auraient pu être déposés et réemployés.

Articulation avec la RE2020

La méthode de calcul de la RE2020 (annexe II de l'arrêté du 4 août 2021, paragraphe 2.2.2.1) prévoit une convention : les composants issus du réemploi ou de la réutilisation, sans retraitement autre que reconditionnement, nettoyage ou réparation, sont considérés comme n'ayant aucun impact, pour tous les modules du cycle de vie. Les produits complémentaires nécessaires à leur mise en œuvre restent comptabilisés.

Cette convention réduit l'indicateur Ic construction des opérations qui intègrent du réemploi, alors que ses seuils se resserrent par paliers en 2025, 2028 et 2031. Le gain dépend de la nature et de la masse des composants réemployés ; il se mesure par le calcul réglementaire du projet.

L'effet sur la biodiversité grise suit la même logique : un produit réemployé n'appelle ni nouvelle extraction ni nouvelle fabrication, hors opérations de reconditionnement.

Modèles économiques

L'équilibre économique du réemploi se joue à plusieurs étapes, et aucun ratio général de coût ne peut être tenu pour établi : il dépend des familles de produits, des volumes et du contexte local.

À la déconstruction : la dépose sélective demande plus de temps que la démolition ; l'écart est en partie compensé par la revente de lots et par la réduction des volumes de déchets à évacuer.

À la construction : le prix d'achat des produits de réemploi est souvent inférieur à celui du neuf, mais s'y ajoutent le reconditionnement, les essais de caractérisation et la logistique.

En conception : intégrer le réemploi suppose une conception adaptable aux gisements disponibles, un suivi des lots et une coordination accrue entre maîtrise d'œuvre, entreprises et fournisseurs.

Bilan global : il s'établit opération par opération.

Limites et freins structurels

Plusieurs freins sont documentés. Assurance et garanties : un produit de réemploi doit pouvoir être caractérisé (performances, état, aptitude à l'emploi) pour être assuré dans des conditions comparables au neuf ; la pratique varie selon les assureurs et les familles de produits.

Stockage et logistique : les plateformes stockent des volumes importants pendant des durées variables, ce qui mobilise foncier et trésorerie. Documentation technique : les fiches techniques manquent souvent pour les produits anciens, ce qui complique leur prescription.

Perception : l'image des produits d'occasion auprès des maîtres d'ouvrage et des usagers évolue avec les opérations réalisées.

Pour les entreprises soumises au reporting de durabilité, le réemploi peut être documenté dans les informations relatives à l'utilisation des ressources et à l'économie circulaire (norme ESRS E5) et, pour ses effets sur les milieux, dans la norme ESRS E4.

Questions fréquentes

Aucun taux minimal de réemploi ne s'applique à l'ensemble des marchés de travaux. L'article L. 228-4 du code de l'environnement prévoit que la commande publique veille au recours à des matériaux de réemploi ou issus des ressources renouvelables dans la construction et la rénovation de bâtiments ; à compter du 1er janvier 2030, l'usage des matériaux biosourcés ou bas-carbone doit intervenir dans au moins 25 % des rénovations lourdes et des constructions publiques. Depuis le 21 août 2026, les marchés comportent en outre des conditions d'exécution et un critère d'attribution environnementaux.

Les ouvrages qui intègrent des produits de réemploi relèvent des mêmes garanties légales que les autres. L'assurabilité dépend de la capacité à caractériser les produits (performances, état, aptitude à l'emploi), de la qualification de l'entreprise qui les met en œuvre et de la traçabilité des lots. La pratique reste hétérogène selon les assureurs et les familles de produits.

Les filières les plus structurées concernent les menuiseries, les sanitaires, les revêtements (carrelages, parquets), les métaux et les matériaux anciens (pierre, bois). Le réemploi d'éléments de structure et d'isolants demande des essais de caractérisation et reste moins répandu. Des plateformes numériques comme Cycle Up ou Backacia mettent en relation détenteurs et acheteurs de lots.

Articles connexes

materiaux-circularite

Biodiversité grise : l'empreinte des matériaux de construction sur la biodiversité

Par analogie avec le carbone gris, la biodiversité grise désigne les impacts sur la biodiversité liés à l'extraction, à la production, au transport et à la fin de vie des matériaux de construction. La notion n'a pas de définition réglementaire : elle est documentée par les méthodes d'analyse de cycle de vie, dont les indicateurs de biodiversité restent moins éprouvés que ceux du climat.

4 min de lecture · Publié le 11/10/2026

materiaux-circularite

Bois local et filières courtes en construction

Le bois local issu de filières courtes et traçables peut réduire les transports et l'empreinte amont d'une construction, à condition que la gestion de la forêt d'origine soit documentée. Les certifications forestières FSC et PEFC et les marques d'origine apportent des garanties différentes, qui se lisent référentiel par référentiel.

5 min de lecture · Publié le 11/10/2026

materiaux-circularite

Matériaux biosourcés et géosourcés : définitions, label, filières

Issus de la biomasse (bois, paille, chanvre, lin, liège) ou de ressources minérales peu transformées (terre crue, pierre), les matériaux biosourcés et géosourcés sont mobilisés pour réduire l'impact carbone et l'empreinte amont des bâtiments. Leurs effets dépendent de la filière d'origine. Le label « bâtiment biosourcé », révisé en 2024, ne porte que sur les biosourcés.

6 min de lecture · Publié le 11/10/2026

Publication : 11/10/2026 · Version 1.1