Diversité de la faune urbaine
Le milieu urbain accueille une faune diversifiée, en partie liée aux bâtiments, en partie opportuniste, et qui comprend des espèces protégées. Les inventaires et les programmes de sciences participatives conduits par le Muséum national d'Histoire naturelle, la LPO, la Société française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM) et l'Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) documentent cette diversité.
Une grande ville abrite des oiseaux nicheurs et hivernants, plusieurs espèces de chauves-souris, de nombreux insectes pollinisateurs, des petits mammifères (musaraignes, mulots, hérissons) et, dans les parcs et jardins pourvus de points d'eau, des amphibiens. Cette faune se répartit selon les milieux : bâti ancien, cours intérieures, parcs et jardins, friches, berges de cours d'eau.
Espèces emblématiques en contexte immobilier
Plusieurs groupes sont directement concernés par les projets immobiliers.
Avifaune liée au bâti : martinet noir, hirondelle de fenêtre, moineau domestique, effraie des clochers, faucon crécerelle. Ces oiseaux nichent dans les bâtiments (corniches, sous-toitures, cavités) et sont protégés par l'arrêté du 29 octobre 2009 ; la rénovation lourde ou la démolition d'un bâtiment occupé relève donc du régime de protection des espèces. Le suivi temporel des oiseaux communs (STOC), programme de Vigie-Nature, suit l'évolution de leurs populations.
Chiroptères : toutes les espèces de chauves-souris présentes en métropole sont protégées par l'arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés. Plusieurs utilisent les bâtiments comme gîtes (pipistrelles, sérotines, oreillards). La présence d'un gîte dans un bâtiment voué à la démolition ou à la rénovation impose d'examiner la nécessité d'une dérogation.
Hérisson d'Europe : protégé depuis l'arrêté du 17 avril 1981, aujourd'hui par l'arrêté du 23 avril 2007, il fréquente les cœurs d'îlot et les jardins ; la fragmentation des espaces et la mortalité routière pèsent sur ses populations. Des ouvertures ménagées au pied des clôtures permettent son passage d'un jardin à l'autre.
Pollinisateurs : près de 1 000 espèces d'abeilles sont recensées en France, en majorité solitaires, auxquelles s'ajoutent bourdons, syrphes et papillons. La plupart des abeilles sauvages nichent dans le sol, dans des tiges sèches ou dans des cavités, et non dans des ruches. Leur accueil passe par la palette végétale, la gestion différenciée et le maintien de sols nus et de tiges sèches.
Petits mammifères : musaraignes, mulots, écureuil roux. L'écureuil roux est protégé par l'arrêté du 23 avril 2007 ; sa présence renseigne sur la continuité des milieux arborés.
Cadre juridique, la protection des espèces
La protection des espèces repose sur les articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement. L'article L. 411-1 interdit notamment la destruction, la capture ou l'enlèvement et la perturbation intentionnelle des animaux des espèces protégées, ainsi que la destruction, l'altération ou la dégradation de leurs habitats.
Les listes d'espèces protégées sont fixées par arrêtés ministériels par groupe : oiseaux (29 octobre 2009), mammifères terrestres (23 avril 2007), amphibiens et reptiles (8 janvier 2021), insectes (23 avril 2007), plantes (20 janvier 1982). Chaque arrêté précise si la protection porte sur les seuls individus ou aussi sur les sites de reproduction et les aires de repos.
L'article L. 411-2 prévoit un régime de dérogation à trois conditions : l'absence d'autre solution satisfaisante ; l'absence d'atteinte au maintien des populations dans un état de conservation favorable dans leur aire de répartition naturelle ; l'un des motifs limitativement énumérés, dont, pour les projets d'aménagement, des raisons impératives d'intérêt public majeur. La décision appartient au préfet, après instruction par les services de l'État et avis, selon les cas, du conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) ou du Conseil national de la protection de la nature (CNPN).
Solutions de cohabitation
Plusieurs dispositifs techniques permettent d'accueillir la faune dans les projets.
Nichoirs et gîtes intégrés au bâti : nichoirs à martinets, hirondelles, mésanges ou faucons crécerelles intégrés en façade ou en corniche dès la conception ; gîtes à chauves-souris (briques-gîtes, espaces sous bardage) ; abris à hérissons dans les espaces verts.
Abris pour insectes et pollinisateurs : tiges creuses, bois mort, sols nus, murets de pierres sèches. La diversité des micro-habitats importe davantage que la taille de l'ouvrage.
Perméabilité des clôtures : ouvertures au pied des clôtures, remplacement des clôtures étanches par des haies, cheminements continus entre espaces verts.
Mares et points d'eau : petits plans d'eau en cœur d'îlot pour les amphibiens et les libellules, avec berges en pente douce, profondeurs variées et végétation hélophyte.
Gestion différenciée des espaces verts : fauche tardive après la floraison et la reproduction, zones non tondues, absence de produits phytopharmaceutiques, conservation de bois mort et de tas de pierres comme refuges.
Diagnostics faunistiques en projet
L'identification de la faune d'un site repose sur des inventaires confiés à des bureaux d'études spécialisés en écologie.
Avifaune : points d'écoute répétés en période de nidification et en hiver, par exemple selon la méthode des indices ponctuels d'abondance (IPA), et recherche des nids sur le bâti.
Chiroptères : enregistreurs d'ultrasons posés plusieurs nuits par saison, identification des cris d'écholocation, visite des combles, caves et cavités du bâti.
Insectes : pièges Barber pour la faune du sol, pièges Malaise pour les insectes volants, captures à vue.
Calendrier : chaque groupe se détecte à des périodes différentes ; un inventaire limité à une saison laisse échapper une partie des espèces et expose à des découvertes tardives en chantier.
Limites et bonnes pratiques
Plusieurs limites sont observées. Inventaires insuffisants : la pression sur les délais conduit à des passages trop peu nombreux ou concentrés sur une saison. Découvertes tardives : une espèce protégée détectée en phase chantier entraîne arrêts de travaux et reprises d'études. Gestion après livraison : nichoirs et abris installés peuvent être mal entretenus ou supprimés lors de travaux ultérieurs.
Les pratiques décrites par les guides naturalistes convergent : inventaires dès la faisabilité, répartis sur un cycle annuel, intégrés à la programmation, avec un plan de gestion après livraison. Pour les entreprises soumises au reporting de durabilité, cette traçabilité peut documenter les informations de la norme ESRS E4.