Continuités écologiques

Trame brune : la continuité écologique des sols

Par analogie avec les trames verte et bleue, la trame brune désigne le réseau des sols vivants et de leurs connexions, qui permet à la biodiversité souterraine de se maintenir et de circuler. Elle n'a pas de définition légale. L'Office français de la biodiversité la range parmi les nouvelles trames qui complètent la Trame verte et bleue, et des méthodes de caractérisation ont été publiées par des collectivités et des programmes de recherche appliquée.

Définition et émergence doctrinale

La trame brune désigne la continuité écologique des sols, par analogie avec la trame verte (continuités terrestres) et la trame bleue (continuités aquatiques). Elle recouvre le réseau des sols vivants qui permet les fonctions biologiques souterraines : faune du sol (vers de terre, collemboles, acariens, isopodes), réseaux mycéliens, micro-organismes, cycles de la matière organique et des éléments nutritifs. L'étude méthodologique de Limoges Métropole (mars 2023) la décrit comme un ensemble de réservoirs, habitats favorables à la biodiversité des sols, reliés par des corridors pédologiques.

L'Office français de la biodiversité (OFB) cite la trame brune parmi les nouvelles trames qui complètent la Trame verte et bleue, aux côtés des trames noire et blanche. La notion n'a pas de définition légale : l'article L. 371-1 du Code de l'environnement, qui fonde les trames verte et bleue, ne mentionne pas les sols. Elle est mobilisée dans des démarches locales et dans des plans locaux d'urbanisme, et a fait l'objet en 2025 d'un guide du Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA), Tram'BioSol, consacré à la trame brune urbaine.

Pourquoi les sols sont une continuité écologique

Les sols vivants remplissent plusieurs fonctions écologiques : (a) support de biodiversité, la directive (UE) 2025/2360 relevant dans son considérant 21 que les sols abritent plus de 25 % de la biodiversité mondiale ; (b) régulation hydrologique, par l'infiltration, le stockage et la restitution lente de l'eau ; (c) filtration et épuration, par la dégradation de polluants ; (d) stockage de carbone, les sols formant le plus grand réservoir de carbone organique terrestre, estimé par la FAO à environ 1 500 gigatonnes dans le premier mètre.

Ces fonctions supposent des sols vivants (activité biologique), structurés (porosité préservée) et connectés entre eux. Le droit de l'urbanisme les vise depuis la loi Climat et Résilience : l'article L. 101-2-1 du Code de l'urbanisme définit l'artificialisation comme « l'altération durable de tout ou partie des fonctions écologiques d'un sol, en particulier de ses fonctions biologiques, hydriques et climatiques », ainsi que de son potentiel agronomique, par son occupation ou son usage. L'imperméabilisation, le compactage, le décapage et la pollution en sont les causes courantes en aménagement.

Caractérisation pratique d'une trame brune

L'identification d'une trame brune sur un site combine plusieurs analyses : cartographie des types de sols, inventaire de la faune du sol (extraction des microarthropodes par la méthode de Berlese-Tullgren, échantillonnage des vers de terre), mesure de la teneur en matière organique, de la porosité et de la perméabilité, repérage des continuités physiques entre îlots de sols non imperméabilisés. Le guide Tram'BioSol (PUCA, 2025) propose une démarche de localisation et de caractérisation de la trame brune urbaine à l'échelle du quartier, fondée notamment sur la biodiversité lombricienne et testée sur la commune de Palaiseau (Essonne).

Sur un site donné, la trame brune peut être confortée par : la préservation de zones de sols en place non bâties ; la mise en relation des espaces de pleine terre par des continuités de sol vivant plutôt que par des espaces verts sur dalle ; des techniques de chantier qui conservent la couche supérieure du sol (terre végétale, horizon A) ; la décompaction après travaux. La note technique du centre de ressources Trame verte et bleue consacrée au plan local d'urbanisme (Cerema, mars 2024) indique que le coefficient de biotope par surface peut être utilisé pour préserver ou restaurer la trame brune.

Articulation avec la séquence ERC et le ZAN

Dans la séquence ERC, la prise en compte des sols se traduit d'abord par l'évitement des sols peu remaniés, puis par la réduction de l'emprise et des surfaces imperméabilisées. La compensation se heurte au temps de reconstitution : le guide Tram'BioSol indique que la refonctionnalisation écologique d'un sol reconstitué ne peut s'évaluer qu'au bout de plusieurs années.

L'article 191 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 fixe l'objectif national d'absence de toute artificialisation nette des sols en 2050 (voir ZAN). Comme l'artificialisation est définie par l'altération des fonctions du sol, et la renaturation par des actions de « restauration ou d'amélioration de la fonctionnalité d'un sol » (article L. 101-2-1 du Code de l'urbanisme), la trame brune fournit une grille de lecture de cet objectif. La désartificialisation suppose la restauration de sols fonctionnels, opération longue en milieu urbain dense.

Outils opérationnels en aménagement

Le centre de ressources Trame verte et bleue, animé par l'OFB, recense les méthodes et retours d'expérience : étude de la trame brune de Limoges Métropole, guide Tram'BioSol, interventions des journées d'échanges techniques. Ces documents décrivent des étapes communes : diagnostic préalable des sols, programmation qui conserve les sols en place, choix techniques de chantier, gestion après livraison. L'article consacré aux sols vivants détaille les méthodes de diagnostic et de restauration.

Au niveau européen, la directive (UE) 2025/2360 du 12 novembre 2025 relative à la surveillance et à la résilience des sols, publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 26 novembre 2025, organise un suivi de la santé des sols qui comprend un descripteur de perte de biodiversité des sols. Son article 12 demande aux États membres de tenir compte de principes d'atténuation de l'artificialisation : éviter ou limiter la perte de services écosystémiques, notamment en réutilisant des bâtiments existants et des friches, puis viser à compenser cette perte, par exemple par la désimperméabilisation. La transposition est attendue au plus tard le 17 décembre 2028 ; au 11 octobre 2026, Légifrance ne recense aucun texte français de transposition.

Limites doctrinales actuelles

La notion de trame brune présente plusieurs limites documentées : absence de cadrage juridique propre (elle ne figure pas à l'article L. 371-1 du Code de l'environnement, qui fonde les trames verte et bleue), hétérogénéité des méthodes de caractérisation, difficulté à fixer des seuils de qualité des sols, faible disponibilité de données pédologiques fines à l'échelle locale. L'étude de Limoges Métropole relève en outre qu'il est difficile de distinguer les corridors des réservoirs à une résolution fine.

La directive (UE) 2025/2360 ne crée pas de trame brune, mais les données de surveillance qu'elle prévoit, une fois transposée, porteront sur la santé des sols, y compris leur biodiversité.

Questions fréquentes

Non. L'article L. 371-1 du Code de l'environnement définit les trames verte et bleue sans mentionner les sols. Le droit de l'urbanisme définit toutefois l'artificialisation par l'altération des fonctions écologiques du sol (article L. 101-2-1 du Code de l'urbanisme). La directive (UE) 2025/2360 sur la surveillance et la résilience des sols, à transposer au plus tard le 17 décembre 2028, organise le suivi de la santé des sols.

Plusieurs analyses sont combinées : cartographie des sols, inventaire de la faune du sol (vers de terre, collemboles, acariens), mesure de la matière organique et de la porosité, repérage des continuités physiques entre sols non imperméabilisés. Le guide Tram'BioSol (PUCA, 2025) décrit une démarche à l'échelle du quartier, et l'étude de Limoges Métropole (2023) une démarche à l'échelle intercommunale.

Non. La décompaction restaure une partie de la porosité et facilite la recolonisation, mais elle ne reconstitue ni la faune du sol, ni les réseaux mycéliens, ni la matière organique. Le guide Tram'BioSol indique que la refonctionnalisation écologique d'un sol reconstitué ne peut s'évaluer qu'au bout de plusieurs années. Dans la séquence ERC, la conservation des sols en place relève de l'évitement, première étape.

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Publication : 11/10/2026 · Version 1.1